Aller au contenu
Facebook
Twitter
LinkedIn

Nuit des musées 2026 à Cordes-sur-Ciel

Affiche Nuit des musées 2026 au Musée Charles Portal de Cordes-sur-Ciel autour du Libre Ferrat et de l’astronomie médiévale

Le Libre Ferrat : un manuscrit médiéval qui lit encore la Lune

Et si un manuscrit médiéval pouvait encore nous parler du ciel d’aujourd’hui ?

À l’occasion de la Nuit européenne des musées 2026, le Musée Charles Portal et la Société Nouvelle d’Astronomie vous invitent à un voyage singulier entre histoire locale, astronomie ancienne et observation du ciel.

Au cœur de cette soirée : le Libre Ferrat, l’un des plus précieux manuscrits conservés à Cordes-sur-Ciel.

Un livre enchaîné au cœur de la ville

Commencé au XIIIᵉ siècle, le Libre Ferrat accompagne la vie cordaise pendant près de sept siècles. Relié de cuir, renforcé de ferrures et autrefois attaché par une chaîne dans la maison commune, il n’était pas un simple livre ancien.

Il servait à la fois :

  • de livre des serments,

  • de registre des règlements du consulat,

  • de mémoire administrative de la cité,

  • et de véritable code communal médiéval.

On y trouve chartes, décisions de justice, règlements de marchés, tarifs, ordonnances royales et textes liés à la vie quotidienne de la ville.

Le manuscrit continua même à être enrichi jusqu’au XXᵉ siècle : les derniers écrits connus datent de 1922 et relatent les festivités du 700ᵉ anniversaire de la fondation de Cordes-sur-Ciel.

Un trésor astronomique caché dans un manuscrit juridique

Mais le plus surprenant se trouve ailleurs.

Calendrier perpétuel du Libre Ferrat de Cordes sur Ciel : page de mai
Calendrier perpétuel du Libre Ferrat de Cordes sur Ciel : mois de mai

Au milieu de ce document juridique se cache un calendrier perpétuel médiéval d’une richesse exceptionnelle. Bien plus qu’une simple liste de fêtes religieuses, ce calendrier mêle :

  • astronomie,

  • comput ecclésiastique,

  • cycles lunaires,

  • rythme liturgique,

  • traditions populaires,

  • et mémoire des saints.

Ce calendrier permettait notamment :

  • de retrouver les lunaisons,

  • de situer les jours dans la semaine,

  • de déterminer les fêtes mobiles comme Pâques,

  • de suivre les saisons,

  • et de conserver la mémoire de nombreux saints, parfois locaux, parfois oubliés aujourd’hui.

Et le plus fascinant reste sans doute ceci : malgré ses centaines d’années, ce système permet encore aujourd’hui de retrouver les cycles de la Lune avec une étonnante efficacité.

Lire la Lune comme au Moyen Âge

Durant cette soirée, le public découvrira le fonctionnement concret du calendrier du Libre Ferrat à travers la lecture du mois de mai.

Comment déterminait-on les lunaisons avant les calendriers modernes ?
Comment les hommes du Moyen Âge reliaient-ils le temps religieux, le rythme agricole et les mouvements célestes ?
Comment connaître la date de la Nouvelle Lune aujourd’hui grâce au manuscrit ?

Le public verra que derrière les lettres rouges, les chiffres mystérieux et les colonnes médiévales se cache en réalité une mécanique intellectuelle remarquable, héritière du comput ancien développé entre l’Antiquité et le haut Moyen Âge.

De la comète de Halley aux machines à éclipses

Le voyage se poursuivra ensuite avec un détour par le ciel de 1222, année de fondation de la ville de Cordes, et également, du passage de la célèbre comète de Halley.

Comète Tsuchinshan à Cordes sur Ciel - Photo Daniel Banon
Passage de la comète Tsuchinshan au-dessus de Cordes sur Ciel en 2023 - Photo Daniel Banon

Si les observations les plus détaillées proviennent d’Asie, quelques traces européennes permettent malgré tout de suivre le souvenir de ce phénomène céleste qui impressionna profondément les sociétés médiévales.

La comète de Halley n’est visible que tous les 76 ans. Son prochain passage étant prévu pour 2061, nous serons nombreux à ne pas la voir… Cependant, il est quand même possible de l’observer « un petit peu » chaque année… Nous verrons comment.

La machine à éclipses de Philippe de La Hire

Puis changement d’époque avec la remarquable machine à éclipses de Philippe de La Hire, mathématicien, physicien et astronome du XVIIIᵉ siècle.

Cette étonnante machine permettait, et permet encore, de prévoir :

  • les lunaisons,

  • les éclipses solaires,

  • et les éclipses lunaires,

grâce à un système mêlant cycles lunaires antiques, comput traditionnel et raffinements mathématiques modernes.

Le cœur du système repose toujours sur le célèbre cycle de 19 ans utilisé depuis l’Antiquité, mais La Hire pousse le raffinement beaucoup plus loin grâce à des corrections permettant de suivre le lent déplacement des nœuds lunaires. Une mécanique astronomique d’une élégance remarquable.

Observer le ciel depuis la Tour Nord

Et parce qu’aucun manuscrit ne remplacera jamais le ciel lui-même, la soirée se prolongera par des observations astronomiques depuis la Tour Nord du musée.

La Lune, alors en premier quartier, illuminera doucement les pierres de Cordes-sur-Ciel et révélera ses reliefs au télescope : cratères, montagnes et mers lunaires apparaîtront avec une netteté spectaculaire.

Le public pourra également découvrir plusieurs objets du ciel profond tels que Jupiter proche de Castor et Pollux, Vénus gibbeuse, les constellations des Gémeaux, du Lion, de la Vierge, amas et nébuleuses…

Enfin, grâce au télescope en visuel assisté, la discrète, très lointaine, mais fascinante comète 29P/Schwassmann-Wachmann, voyageuse des confins du Système solaire, sera recherchée et observée en direct.

Une nuit entre mémoire et étoiles

Cette Nuit des musées 2026 proposera une rencontre rare entre patrimoine médiéval et astronomie vivante.

Un livre enchaîné traversera les siècles pour nous rappeler qu’avant les applications, les satellites et les ordinateurs, les hommes savaient déjà lire le ciel — avec patience, mémoire et intelligence.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Facebook
Twitter
LinkedIn